La prise en charge de la fuite mitrale nécessite un choix personnalisé entre chirurgie de réparation, remplacement valvulaire ou traitement transcathéter, en fonction de l’anatomie, de l’expérience opératoire, du risque patient et des recommandations scientifiques actuelles.

Les 3 points clés

  • La chirurgie est le traitement fondamental de la fuite mitrale primitive, avec une préférence pour la plastie réalisée par un chirurgien expérimenté pour de meilleurs résultats.
  • La réparation bord à bord percutanée (MitraClip et Pascal) a montré un bénéfice pour la fuite mitrale secondaire, tandis que le remplacement valvulaire (comme la prothèse Tendyne) est en développement mais présente plus de complications postopératoires.
  • Le choix de la technique (chirurgie, réparation percutanée, ou remplacement valvulaire) doit être adapté au patient selon l'anatomie, le risque opératoire, et la disponibilité des techniques dans le centre, avec une évaluation rigoureuse par imagerie et screening préalable.
Valves atrio-ventriculaires

La mitrale illustrée

Guillaume LEURENT · 2024

La prise en charge de la fuite mitrale repose sur une évaluation fine et personnalisée qui prend en compte l’anatomie spécifique de la valve, l’expérience du centre opératoire, ainsi que le profil de risque et les comorbidités du patient. Pour la fuite mitrale primitive, la chirurgie de réparation valvulaire demeure le traitement de choix, appuyée par des recommandations de niveau 1. Les données montrent qu’une réparation réalisée par un chirurgien expérimenté, réalisant un volume significatif (plus de 25 plasties par an), offre un pronostic à long terme supérieur comparé au remplacement valvulaire. En revanche, pour la fuite mitrale secondaire, le bénéfice de la chirurgie est moins évident, souvent limité à des situations combinées, notamment des interventions de pontage, ce qui ouvre la voie à une place grandissante des traitements par voie transcathéter. Le traitement transcathéter a connu un développement rapide avec un arsenal croissant de techniques, se distinguant principalement en réparation et en remplacement valvulaire. Parmi les dispositifs de réparation bord à bord, le MitraClip et le Pascal sont actuellement les plus utilisés en France, avec une expérience clinique qui s’est continuellement améliorée, offrant désormais des résultats cliniques et échographiques optimisés. Le remplacement valvulaire transapical, notamment avec la prothèse Tendyne, représente une avancée importante pour des cas spécifiques, bien que cette technique invasive entraîne encore un taux non négligeable de complications postopératoires et une durée d'hospitalisation plus longue. Le choix entre réparation et remplacement transcathéter doit être guidé par plusieurs critères essentiels : la disponibilité technique et l’expertise locale, le modèle de remboursement, mais aussi la nature et la sévérité de la fuite, ainsi que l’anatomie valvulaire et cardiaque du patient. Une évaluation rigoureuse par échocardiographie transœsophagienne et angioscanner est indispensable pour stratifier les patients en fonction de la faisabilité et des chances de succès des différentes procédures. De surcroît, l’expérience des opérateurs influence fortement les résultats, soulignant l’importance d’une pratique régulière et codifiée. Enfin, les études cliniques, telles que l’étude COAPT, ont confirmé l’intérêt de la réparation percutanée dans la fuite mitrale secondaire comparée au traitement médical seul, tandis que le remplacement valvulaire par voie transcathéter, bien que prometteur, manque encore de preuves robustes de bénéfice à long terme. Le futur du traitement des pathologies mitrales semble ainsi passer par une prise en charge véritablement sur mesure, qui combine les avancées techniques, l’expertise multidisciplinaire et une sélection rigoureuse pour optimiser les résultats et limiter les risques.