La FFR, mesure physiologique clé en cardiologie interventionnelle, permet d’évaluer la pertinence de la revascularisation en cas de sténoses coronaires intermédiaires, malgré une sous-utilisation liée à des contraintes pratiques et controverses persistantes.

Les 3 points clés

  • La FFR est un ratio de pression endo-coronaire validé comme indicateur de l'ischémie myocardique depuis près de 20 ans, principalement utilisé pour évaluer les lésions intermédiaires dans la maladie coronaire stable.
  • La physiologie coronaire, notamment via la FFR, aide à reclasser et guider la prise en charge interventionnelle avec un impact significatif sur la stratégie thérapeutique dans environ 40 % des cas.
  • Malgré des bases scientifiques solides et une recommandation de grade 1A, la FFR reste sous-utilisée en raison de contraintes temporelles, coût, tolérance et controverses cliniques actuelles.
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La physiologie pour les nuls

Brahim HARBAOUI · 2023

La Fractional Flow Reserve (FFR) constitue un outil fondamental pour évaluer la sévérité hémodynamique des sténoses coronaires intermédiaires, en mesurant le rapport entre la pression endocoronaire en aval de la lésion et la pression aortique pendant une hyperémie pharmacologique. Cette mesure physiologique permet d’objectiver la pertinence d’une revascularisation, en identifiant les lésions qui entraînent une ischémie susceptible de bénéficier d’une angioplastie. Avec un seuil validé de 0,80, la FFR s’est imposée depuis près de vingt ans comme un standard dans le domaine, soutenue par des preuves cliniques robustes issues d’études de grande envergure et de suivis longitudinaux. Malgré ces avancées et la reconnaissance par les principales recommandations internationales, la sous-utilisation de la FFR demeure un problème notable en pratique clinique. Plusieurs facteurs expliquent cette situation : la complexité et la durée de la procédure, le coût, la tolérance parfois délicate à l’adénosine utilisée pour induire l’hyperémie, ainsi que des controverses scientifiques récurrentes qui persistent dans les congrès spécialisés. En outre, la mesure de la FFR se focalise principalement sur le flux dans le réseau épicardique et ne renseigne pas sur la nature ou le phénotype des plaques d’athérome, ce qui limite parfois son utilité dans la prise en charge des syndromes coronaires aigus. L’intervention guidée par la FFR permet également une meilleure personnalisation des traitements coronaires. Elle favorise la reclassification des décisions thérapeutiques en ajustant la stratégie interventionnelle en fonction de la physiologie coronaire spécifique à chaque patient et à chaque segment artériel. Cette approche dynamique optimise l’efficacité et la sécurité des procédures, en limitant les interventions inutiles. Par ailleurs, les avancées technologiques récentes ouvrent la voie à des méthodes de mesure plus non invasives, comme la FFR virtuelle ou le mapping coronaire, qui promettent d’enrichir le diagnostic fonctionnel et l’optimisation post-angioplastie. Enfin, cette conférence souligne l’importance de maintenir la pratique de la physiologie coronaire dans la prise en charge des patients atteints de maladie coronaire stable. Malgré la complexité et les controverses, les données actuelles démontrent clairement le bénéfice de l’utilisation de la FFR dans les sténoses intermédiaires non complexes, avec une amélioration du pronostic à long terme. Néanmoins, le champ d’application, notamment pour les nouvelles approches virtuelles ou dans certaines populations spécifiques, reste à approfondir, faisant l’objet d’études en cours à grande échelle. Cette perspective prometteuse appelle à une intégration croissante de la physiologie dans l’arsenal diagnostic et thérapeutique du cardiologue interventionnel.