La conférence met en lumière les bénéfices avérés de la FFR dans la prise en charge des patients coronariens, tout en soulignant les limites actuelles liées à son sous-usage et à la décision récente de déremboursement qui freinent la progression de la médecine de précision en cardiologie interventionnelle en France.

Les 3 points clés

  • La FFR montre une discordance significative avec l'angiographie, notamment dans les lésions entre 50 et 70%, où un tiers des lésions sont FFR négatives, ce qui impacte la stratégie de traitement.
  • Les études randomisées soulignent un bénéfice global de la FFR dans l'angor stable et certains contextes cliniques, mais des études récentes (FUTURE, RIPCORD2) tempèrent ces avantages en soulignant un bénéfice non systématique, surtout en cas de traitement médical intégré.
  • Le déremboursement de la FFR en France risque de freiner le progrès en médecine de précision, car bien que le nombre global d'angioplasties reste stable, la sélection précise des lésions traitées basée sur la FFR est compromise, ce qui peut nuire à la qualité des soins.
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Ombre et lumière de la FFR

Gilles RIOUFOL · 2023

Cette présentation approfondit le rôle fondamental de la Fractional Flow Reserve (FFR) dans la prise en charge des patients souffrant de maladies coronariennes en démontrant ses avantages cliniques bien établis. Le conférencier souligne qu’au-delà d’une simple estimation visuelle par angiographie, la FFR permet une évaluation fonctionnelle plus précise des lésions coronariennes, évitant ainsi le sur-traitement ou le sous-traitement des artères. Les études randomisées et les recommandations internationales attestent d’un bénéfice clair de cette technique, notamment dans l’angor stable et chez certains profils de patients présentant des lésions multi-tronculaires. Cette approche fonctionnelle et personnalisée modifie considérablement la stratégie de revascularisation et optimise la prise en charge globale. Cependant, malgré ces bénéfices reconnus, l’orateur met en lumière plusieurs limites majeures. Une discordance fréquente entre l’angiographie et la FFR est observée, qui traduit un véritable écart entre l’appréciation visuelle classique et la réalité physiologique du terrain myocardique. Malgré plus de vingt ans d’expérience, la diffusion et l’utilisation systématique de la FFR restent très modérées en France, comparativement à d’autres pays européens plus avancés. Ce retard est d’autant plus accentué par la décision récente de dérembourser cet examen par les autorités sanitaires françaises, raisonnement essentiellement motivé par des considérations budgétaires à court terme sans réelle prise en compte du service médical rendu. Ce choix suscite une vraie inquiétude quant à l’avenir de la médecine de précision en cardiologie interventionnelle dans le pays. L’orateur insiste sur l’importance cruciale d’intégrer la physiologie coronarienne dans la prise de décision clinique, mettant en avant que cette approche ne s’apparente pas à une « technique » isolée, mais bien à une évolution majeure dans la stratégie globale de traitement des patients coronariens. La FFR ne modifie pas uniquement le nombre d’interventions réalisées, mais surtout la nature même des lésions traitées, entrant ainsi pleinement dans le paradigme de la médecine personnalisée. Dans ce contexte, le déremboursement de la FFR risque d’entraver cette dynamique, pénalisant à terme la qualité des soins et la pertinence thérapeutique. Face à ce constat, l’appel est lancé pour une meilleure reconnaissance scientifique et économique de cette technique afin de ne pas compromettre le progrès médical en cardiologie interventionnelle en France.