La pandémie de Covid-19 a profondément impacté la prise en charge des syndromes coronaires aigus, entraînant des changements majeurs dans le parcours des patients et dans les conséquences cliniques observées. Durant la première vague, un phénomène marquant a été la diminution significative des admissions pour infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST (SCA ST+). Les patients, par crainte de déranger le système de santé ou de contracter le virus à l’hôpital, retardaient leur appel au service médical d’urgence. Ce retard a conduit à une augmentation des délais avant intervention, particulièrement la période préhospitalière, ce qui a eu des répercussions importantes sur la gravité des cas pris en charge.
Cette arrivée tardive en milieu hospitalier a entraîné une augmentation notable des complications mécaniques, telles que les ruptures du ventricule gauche ou les communications interventriculaires, des complications graves et autrefois plus rares à cause de la rapidité habituelle des prises en charge. Malgré une organisation hospitalière qui a maintenu un délai de prise en charge stable une fois les patients admis, le fait que ces derniers se présentaient plus tard a eu un impact négatif significatif sur leur pronostic. Ces constats sont confirmés par plusieurs études en France et à l’international, qui montrent également une surmortalité liée à ces complications mécaniques accrues.
Au-delà des urgences coronariennes, la pandémie a également affecté d’autres domaines de la cardiologie interventionnelle, notamment le retard ou la suspension de procédures structurelles comme le TAVI. Par ailleurs, le confinement a coïncidé avec une augmentation des arrêts cardiaques extra-hospitaliers, souvent survenant à domicile, avec un moindre taux de réanimation immédiate par témoins. Ces observations suggèrent que la réorganisation des soins et les craintes liées au Covid ont eu des conséquences larges, touchant l’ensemble de la prise en charge cardiovasculaire d’urgence.
Enfin, une autre dimension importante porte sur les séquelles prolongées chez les patients post-Covid, avec le syndrome du Covid long incluant fatigue, dyspnée et douleurs persistantes. Des études récentes montrent une inflammation myocardique fréquente après infection, ainsi qu’une augmentation du risque d’événements cardiovasculaires sur le long terme. Ces éléments soulignent la nécessité d’une vigilance accrue lors du suivi des patients récupérés, ainsi que l’importance d’une éducation publique et professionnelle pour assurer une meilleure gestion lors de futures crises sanitaires, en insistant sur l’urgence cardiovasculaire et la reconnaissance des complications mécaniques.