Le pré-traitement dans le STEMI et le non-STEMI nécessite une adaptation en fonction du risque clinique, avec un consensus récent insistant sur une tri-thérapie dans le STEMI et une prudence particulière dans le non-STEMI concernant l'utilisation des inhibiteurs P2Y12 avant connaissance de l'anatomie coronaire.

Les 3 points clés

  • Le pré-traitement dans le STEMI consiste en un traitement initié dès le diagnostic fait par l'équipe préhospitalière, souvent le SAMU, avant la reperfusion.
  • Dans le non STEMI, le pré-traitement est plus complexe et stratifié selon le risque (bas, haut, très haut), avec une recommandation claire de ne pas administrer d'inhibiteurs P2Y12 avant de connaître l'anatomie coronarienne.
  • Un consensus récent en Ile de France propose un algorithme de pré-traitement adapté au risque, incluant aspirine, enoxaparine, et en cas de STEMI grave des anti GP2B3A, avec des perspectives d'étude sur un nouvel anti GP2B3A en préhospitalier.
SCA

Le pré-traitement dans le STEMI : ça se discute

Patrick ECOLLAN · 2022

Cette conférence aborde de manière approfondie la question du pré-traitement dans les syndromes coronariens aigus avec élévation du segment ST (STEMI) et sans élévation du segment ST (non-STEMI), en insistant sur la nécessité d'adapter les prises en charge selon le niveau de risque clinique du patient. L’orateur souligne que, si les recommandations concernant le STEMI recommandent depuis longtemps une trithérapie associant aspirine, inhibiteurs P2Y12 et anticoagulants, la situation est plus nuancée pour les non-STEMI. En effet, la prudence est de mise notamment en ce qui concerne l’administration des inhibiteurs P2Y12 avant la connaissance précise de l’anatomie coronaire, en raison des risques hémorragiques potentiels et des différentes stratégies thérapeutiques possibles selon la gravité. L’évolution historique du pré-traitement montre une progression du simple usage de la thrombolyse vers l’association d’angioplastie primaire et d’une pharmacologie mieux ciblée. L’exposé met en lumière les difficultés rencontrées en préhospitalier, notamment par les équipes du SAMU, qui réalisent le diagnostic initial et commencent le traitement. La communication évoque également les écarts entre les recommandations nationales officielles et les pratiques sur le terrain, avec certaines résistances encore présentes chez certains cardiologues concernant l’abstention d’administrer les inhibiteurs P2Y12 avant angiographie. L’intervention insiste sur une approche collaborative entre urgentistes et cardiologues pour une prise en charge personnalisée, prenant en compte les risques ischémiques et hémorragiques propres à chaque patient. Une partie importante est consacrée à la stratification des patients non-STEMI selon leur risque — bas, élevé ou très élevé — afin d’orienter de manière optimale le pré-traitement et le mode de transport vers les centres adaptés (salle de cathétérisme, USIC, ou urgences). Le conférencier présente les recommandations récentes de prise en charge en Île-de-France, incluant l’utilisation de l’aspirine, de l’enoxaparine et le recours sélectif aux anti-GP2b3a dans certaines situations très spécifiques. Il souligne également l’importance d’une évaluation clinique fine incluant l’utilisation d’outils comme l’électrocardiogramme, la troponine, et même l’échographie cardiaque, afin d’optimiser la décision thérapeutique sur le terrain. Enfin, la conférence évoque une perspective prometteuse avec le démarrage prochain d’une étude européenne évaluant un nouvel anti-GP2b3a en préhospitalier, ce qui pourrait amener à une évolution des protocoles de pré-traitement. Le message principal reste que le pré-traitement, notamment dans les non-STEMI, doit être précisément adapté au profil du patient et à son risque, sous peine d’exposer à des complications évitables. Cette intervention apporte ainsi un éclairage actuel et pratique pour les urgentistes et cardiologues, insistant sur la nécessité d’actualiser les pratiques à la lumière des recommandations récentes et des innovations thérapeutiques.