Les données actuelles sur la poursuite ou l'arrêt des bêta-bloquants post-infarctus montrent des résultats contrastés selon les études, soulignant l'importance d'une évaluation personnalisée avec une préférence pour la poursuite du traitement en cas de fraction d'éjection modérément altérée ou d'indications spécifiques.

Les 3 points clés

  • Les bêtabloquants restent un pilier clé post-infarctus, particulièrement indiqués quand la fraction d'éjection est inférieure ou égale à 40%.
  • Les études récentes montrent une grande hétérogénéité des résultats : certaines suggèrent de poursuivre les bêtabloquants chez les patients avec fraction d'éjection modérément altérée, d'autres montrent la non-infériorité de leur arrêt dans certains cas.
  • Il n'y a pas d'urgence à arrêter systématiquement les bêtabloquants après un infarctus, la décision doit être adaptée en fonction de la fraction d'éjection, des indications spécifiques (rythmique, ischémique, hypertension) et avec une réévaluation des patients à 4-6 semaines post-infarctus.
Pharm'APPAC

Bétabloquants post IDM : stop ou encore ?

Cyrille Bergerot · 2026

Les données les plus récentes concernant la poursuite ou l'arrêt des bêta-bloquants après un infarctus du myocarde (IDM) offrent des résultats contrastés, reflétant la complexité de la prise en charge de ces patients. Les études incluses dans cette analyse montrent que la prescription systématique de ces traitements n'est plus unanimement recommandée. En effet, plusieurs essais cliniques, menés dans différents contextes et populations, suggèrent que le bénéfice des bêta-bloquants peut varier selon le moment de l'arrêt, la fonction ventriculaire gauche et d'autres comorbidités telles que l'hypertension ou des indications spécifiques sur le plan rythmique et ischémique. Ces résultats exigent ainsi une approche individualisée pour chaque patient. Plusieurs essais récents ont illustré cette complexité. Par exemple, l'étude là où l'arrêt des bêta-bloquants était testé à plus de six mois post-IDM chez des patients avec une fraction d’éjection préservée ou modérément altérée n’a pas démontré la non-infériorité de l'arrêt, soulevant des inquiétudes quant à l'interruption systématique. Inversement, d'autres essais ont montré que l’arrêt précoce, dans les deux premières semaines suivant l'IDM, n'entraînait pas d'augmentation des événements cardiovasculaires, sauf dans certains sous-groupes où la prudence reste de mise. Ces divergences s’expliquent en partie par la grande hétérogénéité des délais d'arrêt, des populations étudiées et des critères de jugement, soulignant la nécessité d’une réévaluation régulière en milieu clinique. Un facteur déterminant pour guider la décision thérapeutique reste la fraction d'éjection ventriculaire gauche (FEVG). La méta-analyse regroupant plusieurs essais indique clairement une réduction significative des événements cardiovasculaires lorsque le bêta-bloquant est poursuivi chez les patients à FEVG modérément altérée (entre 40 et 50 %). En revanche, chez les patients dont la fonction ventriculaire est parfaitement conservée, l'arrêt semble possible sans perte de bénéfice manifeste. D’autres critères, comme la présence d’une hypertension ou d’indications rythmologiques, renforcent la nécessité d’une poursuite du traitement. Le sexe du patient pourrait également influer sur la réponse, bien que cette hypothèse nécessite encore des confirmations. En conclusion, cette synthèse suggère une attitude prudente quant à l'arrêt systématique des bêta-bloquants dans le suivi post-IDM. Leur prescription doit être réévaluée entre quatre et six semaines après l'événement, en même temps que les autres mesures de suivi comme le contrôle lipidique ou la réadaptation. Pour les patients avec une fraction d'éjection modérément diminuée, ou avec d'autres indications spécifiques, la poursuite du bêta-bloquant reste recommandée. L'approche doit toujours être personnalisée, tenant compte du profil individualisé du patient et des dernières données cliniques disponibles.