Cette présentation approfondie explore les dernières avancées dans la fermeture de l'auricule gauche chez les patients souffrant de fibrillation atriale, en particulier face à un contexte où les anticoagulants restent la référence thérapeutique dominante. Nicolas Amabile revient tout d’abord sur les indications actuellement reconnues et remboursées, qui ciblent les patients présentant un risque thromboembolique élevé (score CHA₂DS₂-VASc) et une contre-indication aux anticoagulants. Il met ensuite en lumière les interrogations qui subsistent concernant l’élargissement potentiel de cette approche à des populations plus larges, notamment après la publication de l’étude Prague 17 qui ouvrait déjà la voie à cette réflexion.
Le cœur de l’exposé est consacré à deux études majeures récentes, Champion AF et Closure AF, aux designs et populations radicalement différents. L’étude Champion AF, sponsorisée par l’industrie et menée chez des patients à risque modéré sans contre-indication aux anticoagulants, compare la fermeture d’auricule par Watchman Flex aux anticoagulants directs (NACO). Avec un suivi notable de trois ans, ses résultats montrent une non-infériorité en termes d’efficacité pour la prévention des accidents vasculaires et une réelle supériorité sur la diminution des saignements majeurs hors période procédurale. En parallèle, l’étude indépendante Closure AF, menée auprès de patients plus âgés, plus fragiles et à plus haut risque ischémique comme hémorragique, met davantage en doute la supériorité de la fermeture auriculaire, avec des signaux inquiétants sur la mortalité et les complications hémorragiques dans cette population plus vulnérable.
L’orateur insiste sur les différences méthodologiques fondamentales entre ces études, de la sélection des patients au type de device utilisé, en passant par la prise en charge médicale et les critères d’évaluation des événements cliniques. Il rappelle aussi que la fermeture auriculaire protège spécifiquement contre les AVC d’origine embolique lors de la fibrillation atriale, mais ne prévient pas les accidents vasculaires liés à d’autres causes telles que l’athérome ou l’hypertension, fréquentes chez ces patients. Il invite donc à une interprétation prudente des résultats, soulignant que cette intervention reste une option thérapeutique prometteuse mais à réserver en fonction du profil individualisé de chaque patient, en intégrant une stratégie globale de prévention des risques cardiovasculaires.