Fadi Jamal propose une remise en question des fondements sur lesquels repose l’organisation actuelle de la cardiologie en France, dévoilant les limites des approches traditionnelles centrées sur l’augmentation uniforme des effectifs médicaux et des moyens financiers. Selon lui, cette stratégie, bien que rationnelle, a laissé de côté un élément structurant : la place et le rôle sous-estimés de la médecine de ville dans la régulation et la coordination des parcours de soins. L’hôpital, pilier incontestable de la médecine curative spécialisée, demeure indispensable, notamment dans les interventions complexes, mais il ne peut à lui seul pallier les failles liées à l’accès inégal et aux délais étirés qui pénalisent particulièrement les patients des zones périurbaines et rurales.
L’expérience concrète du réseau de cabinets en région Auvergne-Rhône-Alpes, qu’il présente, illustre une organisation alternative, fondée sur la proximité, la délégation intelligente des tâches médicales et administratives, et sur un redéploiement des compétences au service d’une meilleure fluidité dans le parcours patient. En confiant une part importante de la prise en charge à des professionnels paramédicaux formés, tels que les infirmiers en pratique avancée, et en réservant le rôle du cardiologue à une fonction d’expertise et de validation, ce modèle permet non seulement de raccourcir drastiquement les délais de consultation, mais aussi de limiter les déplacements excessifs et souvent décourageants pour les patients. Cette approche contribue à renforcer l’adhésion au suivi et à la prévention, des facteurs clés dans la maîtrise des maladies cardiovasculaires chroniques.
Au-delà de l’expérience terrain, Fadi Jamal souligne l’importance cruciale d’une gouvernance partagée qui rassemble experts cliniques, équipes administratives, gestionnaires et acteurs du numérique. Il considère qu’il ne peut y avoir de solutions durables sans une véritable intelligence collective s’appuyant sur des données factuelles, un pilotage agile et des mécanismes d’adaptation continue. Il appelle à dépasser les logiques cloisonnées et à intégrer pleinement les systèmes d’information e-santé, sans lesquels la régulation fine des parcours serait impossible. Dans ce cadre, il évoque aussi le potentiel majeur de l’intelligence artificielle, non pas comme un simple outil technique mais comme un levier pour repenser profondément l’organisation et renforcer l’efficience de la prise en charge globale.
Enfin, il invite à un changement de paradigme, en reconnaissant que les modèles déployés depuis trente ans ne sont plus adaptés aux défis actuels. Plutôt que de persévérer dans des logiques anciennes, il convient de miser sur la collaboration interprofessionnelle, la coordination territoriale et une gouvernance partagée, garantes d’une cardiologie véritablement positive — centrée sur le patient, soucieuse de qualité, d’accessibilité et d’innovation. Ce discours pragmatique et engagé ouvre ainsi une perspective encourageante pour transformer durablement le système cardiovasculaire vers plus d’équité et d’efficacité.