Les différences biologiques et culturelles entre hommes et femmes influencent significativement la prise en charge médicale, soulignant l'importance d'intégrer la médecine genrée pour améliorer la qualité des soins et la sécurité des patientes.

Les 3 points clés

  • Il existe des différences sensibles entre hommes et femmes en médecine, tant sur le plan physiologique, pharmacologique que dans la perception et la prise en charge des symptômes, influencées par le sexe biologique et le genre social.
  • La recherche médicale et les pratiques actuelles présentent souvent un biais androcentré, avec sous-représentation des femmes dans les études et des dispositifs médicaux non adaptés, ce qui affecte la qualité des soins féminins.
  • Le 'failure to rescue', ou difficulté à identifier et prendre en charge rapidement les complications chez les femmes, illustre un enjeu important de sécurité et de qualité des soins pouvant contribuer à une mortalité post-opératoire plus élevée chez elles.
La médecine genrée

La médecine genrée (lecture)

Pierre ALBALADEJO · 2025

Cette conférence propose une analyse approfondie des écarts entre hommes et femmes dans la pratique médicale, en mettant en avant la complexité de l’interaction entre sexe biologique et genre social. Pierre Albaladejo explique que le sexe correspond aux aspects biologiques et génétiques, tandis que le genre est une construction sociale influençant les comportements et les perceptions. Cette distinction est essentielle pour comprendre pourquoi certaines maladies et leurs manifestations diffèrent selon les sexes, mais aussi comment les stéréotypes de genre peuvent biaiser la prise en charge médicale, avec des conséquences parfois dramatiques. L'orateur met en lumière un panorama de domaines médicaux où ces inégalités sont particulièrement visibles. En cardiologie par exemple, la représentation moindre des femmes dans les recherches, associée à l’utilisation de standards principalement définis sur des cohortes masculines, conduit à des diagnostics tardifs ou erronés et à une mortalité postopératoire plus élevée chez les femmes. De même, les différences pharmacologiques, comme celles concernant la durée du QT ou les réponses aux anesthésiques et opioïdes, démontrent que la médecine standardisée basée sur le « patient moyen » mâle est insuffisante et peut provoquer des effets indésirables spécifiques chez les femmes. Ces lacunes traduisent un biais systémique enraciné tant dans la formation médicale que dans la conception des médicaments et dispositifs. Un autre point central abordé est la notion de « failure to rescue », qui désigne l’incapacité à identifier et traiter rapidement une complication postopératoire. Les données montrent que ce phénomène est plus fréquent chez les femmes, ce qui contribue à expliquer l’écart de mortalité post-chirurgicale. Ce constat soulève des questions cruciales sur les pratiques cliniques, la culture hospitalière et la vigilance face aux signes cliniques chez les patientes, témoignant d’un besoin urgent de sensibilisation et de formation spécifique pour réduire ces inégalités. Enfin, la conférence souligne la nécessité d’intégrer ces connaissances dans l’ensemble des étapes médicales : recherche fondamentale, développement pharmaceutique, éducation des professionnels de santé et communication avec les patients. Pierre Albaladejo appelle à une médecine véritablement personnalisée qui ne se contente pas d’adapter les traitements à la variabilité biologique, mais qui corrige aussi les biais sociaux et culturels encore trop fréquents. Ce changement permettrait non seulement d’améliorer la qualité des soins, mais aussi d’assurer une équité plus juste entre hommes et femmes dans le suivi médical.