Cette conférence fait le point sur les avancées et controverses actuelles concernant l'utilisation des anticoagulants et antiplaquettaires en cardiologie interventionnelle, notamment la réduction de la durée du traitement antithrombotique après angioplastie coronaire.

Les 3 points clés

  • L'enoxaparine intraveineuse est supérieure à l'héparine standard dans l'angioplastie coronaire, mais son adoption reste faible malgré les preuves scientifiques.
  • Les inhibiteurs de 2B3A, malgré leur efficacité démontrée surtout lorsqu'utilisés tôt, sont sous-utilisés, avec un espoir de renouveau grâce à de nouvelles modalités d'administration.
  • La durée du traitement antiplaquettaire double (DAPT) a été réduite à un mois dans les syndromes coronaires aigus, avec arrêt précoce de l'aspirine, ce qui diminue significativement les risques hémorragiques sans augmenter les événements ischémiques.
Pharm'appac

Anti-thrombotiques coronaires

Gilles MONTALESCOT · 2025

Dans cette conférence, Gilles Montalescot met en lumière un paradoxe majeur dans la cardiologie interventionnelle : tandis que les dispositifs médicaux sont adoptés rapidement souvent sans preuves robustes ni remboursement, les médicaments, bien que rigoureusement évalués, rencontre une adoption lente et souvent réticente. Il illustre cette disparité à travers plusieurs exemples concrets, notamment l’usage des anticoagulants dans l’angioplastie coronaire. Malgré les preuves solides issues d’études comme l’essai Atoll favorisant l’enoxaparine intraveineuse par rapport à l’héparine standard, l’adoption clinique de cette meilleure option reste marginale, soulignant une résistance persistante à modifier les pratiques habituelles. L’orateur explore ensuite les controverses entourant la durée optimale de l’anticoagulation après une angioplastie primaire. À travers un essai randomisé mené en Chine, il démontre qu’au sortir de la salle de cathétérisme, poursuivre l’anticoagulation ne confère pas d’avantage significatif pour une population à bas risque, mais révèle que certains anticoagulants comme la bivalirudine ou l’enoxaparine sous-cutanée peuvent être préférés. Montalescot souligne également le retour potentiel des inhibiteurs de glycoprotéine IIb/IIIa, longtemps délaissés, en mettant en avant des données historiques et récentes prometteuses, notamment avec le développement de nouvelles molécules administrables par voie sous-cutanée en contexte préhospitalier. Enfin, il met l’accent sur les avancées remarquables dans la réduction de la durée de la double anti-agrégation plaquettaire (DAPT) après la pose d’un stent chez les patients présentant un syndrome coronarien aigu. Plusieurs grandes études cliniques récentes confirment qu’une réduction à un mois, voire l’arrêt de l’aspirine au profit d’un traitement par P2Y12 seul (ticagrelor ou prasugrel) réduit significativement les complications hémorragiques sans augmenter le risque d’événements ischémiques. Ces résultats marquent un changement important vers des stratégies thérapeutiques plus personnalisées, optimisant le rapport bénéfice/risque et questionnent aussi l'utilisation concomitante d'IPP comme précaution minimale pour limiter les saignements. L’ensemble de ses observations illustre une dynamique d’adaptation des protocoles d’anti-thrombose pour mieux répondre aux besoins actuels des patients en cardiologie interventionnelle.