La trombolyse intraveineuse dans les infarctus du myocarde ST+ est devenue marginale en France, au profit de l'angioplastie primaire, même si son usage reste pertinent dans certains territoires aux délais d'accès longs.

Les 3 points clés

  • La thrombolyse est devenue une thérapeutique marginale en France pour le traitement du STEMI, principalement remplacée par l'angioplastie primaire.
  • Les délais de prise en charge et de transport sont globalement respectés, mais la thrombolyse est rarement utilisée en pratique réelle malgré sa disponibilité dans les services mobiles d'urgence.
  • Il est nécessaire d'améliorer l'éducation des patients et des professionnels de santé pour optimiser la prise en charge et le respect des indications de la thrombolyse, notamment dans les zones rurales avec un accès limité à l'angioplastie.
Prise en charge du ST+ : peut mieux faire

Thrombolyse or not thrombolyse ?

Yannick GOTTWALLES · 2023

Dans cette présentation, Yannick Gottwalles fait un point détaillé sur l’évolution de la prise en charge des infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST (ST+), mettant en lumière la quasi-disparition de la thrombolyse intraveineuse au profit de l’angioplastie primaire comme traitement de référence en France. Malgré l’efficacité reconnue de l’angioplastie, l’orateur souligne que la thrombolyse conserve une place justifiée dans certaines zones géographiques où les délais d’accès à un centre d’angioplastie sont trop longs, notamment dans des régions rurales ou isolées. Il rappelle également que, même après une thrombolyse, le transfert vers un centre interventionnel reste une recommandation de grade 1A afin d’assurer une prise en charge optimale des patients. L’exposé révèle également une réalité pratique souvent méconnue : bien que les structures médicales d’urgence disposent encore de flacons de thrombolytiques, leur utilisation dans le cadre des infarctus ST+ est devenue marginale, voire rejetée par certains cardiologues. Cette diminution d’usage est expliquée en partie par des préférences organisationnelles et des pratiques établies, ce qui conduit à un gâchis de ces médicaments dont la péremption arrive plus vite que leur emploi. En revanche, la thrombolyse est plus fréquemment employée dans d’autres indications, telles que les embolies pulmonaires avec arrêt cardiaque, notamment grâce à la généralisation des échographes portables en milieu préhospitalier. L’analyse détaillée des données issues de registres nationaux comme France PCI met en évidence une diminution significative de la fréquence des thrombolyses, passant de 10 à 7% en treize ans, avec plus de 90% des infarctus ST+ pris en charge par angioplastie primaire dans certaines régions urbaines comme Paris. Cette évolution reflète une forte adhésion aux recommandations actuelles, mais elle questionne parallèlement la gestion des cas pour lesquels les délais d’angioplastie sont trop longs. L’orateur invite donc à une réflexion sur l’amélioration des filières de soins, suggérant la nécessité d’une collaboration renforcée entre médecine d’urgence, cardiologie et réanimation pour optimiser la prise en charge des patients et rappeler l’importance du respect des indications et contre-indications de la thrombolyse. Enfin, Yannick Gottwalles insiste sur la nécessité de poursuivre les campagnes d’éducation du grand public afin de réduire le délai avant l’appel aux services d’urgence, un facteur crucial pour le succès de toute stratégie de reperfusion. Il souligne que la majorité des patients appelle désormais plus rapidement le SAMU, démontrant une amélioration des comportements face à la douleur thoracique, même si des progrès restent possibles. En conclusion, la thrombolyse ne doit pas être oubliée, elle conserve son utilité dans des situations spécifiques où l’angioplastie immédiate n’est pas accessible, et il convient de garantir que les professionnels de santé sachent l’utiliser à bon escient, en conformité avec les protocoles et les recommandations.